Ndali présente Chinonso à sa famille et on découvre qu’elle est extrêmement riche.
Se pose alors la question de la possibilité de réussite d’un couple dont les membres sont issus de classes sociales totalement différentes.
En lisant, j’ai fait le lien avec ma propre famille. Pourtant, je ne suis pas issue d’une famille extrêmement riche, plutôt d’une classe moyenne qui a été déclassée au regard des certaines circonstances de la vie. Et, je me suis demandé comment réagirait mon père, si, comme Ndali, je venais à lui présenter un fermier comme Chinonso. Je sais d’avance que la réaction de ma famille, sans être aussi extrême que celle de la famille de Ndali, ne serait pas positive. Il serait probablement rejeté plus ou moins violemment.
Et pour être honnête, avant même de prévoir ce que ferait ma famille, j’admets que ça ne me passerait même pas par la tête. Parce que ce n’est pas le profil d’homme qui m’attire et peut-être qu’en cela je suis conditionnée par mon éducation. Je sais d’avance que je partagerais plus de choses et que je serais plus heureuse avec un homme qui partage mon niveau d’éducation et de curiosité intellectuelle par exemple. Et quand on sait que ce capital culturel dépend surtout du milieu social dans lequel on naît, ce serait hypocrite d’affirmer que le milieu social ne compte pas.
À vrai dire, au début du livre, j’ai été surprise par l’engouement et la persévérance de Ndali. Je comprends qu’elle puisse aimer l’âme de Chinonso et je comprends qu’elle puisse être tombée amoureuse, mais dès les premières pages, j’ai eu du mal à croire en la pérennité de leur couple en raison du grand écart qui les sépare. Lorsque j’imagine l’avenir de Ndali avec cet homme, je ne peux m’empêcher d’imaginer un avenir malheureux une fois le feu de la passion retombé. Je ne pense pas que cette femme éduquée puisse être heureuse en partageant sa vie avec un homme qui ne partage pas son niveau d’éducation, et se mettre à dos sa famille peut également l’isoler et la rendre malheureuse. En même temps, leur asymétrie pourrait détruire l’estime de Chinonso en plus de l’appesantir d’un sentiment de culpabilité pour avoir été la cause de son éloignement familial.
Alors qu’en est-il de la classe sociale ?
J’ai réalisé un sondage sur Instagram en demandant en posant 2 questions : la première étant : pourrais tu t’unir avec une personne issue d’un milieu social très différent du tien ?
Dans 89% des cas, les personnes ont répondu “oui”.
Puis je leur ai demandé s’ils pouvaient s’unir avec quelqu’un doté d’un capital culturel très en dessous du leur. Cette fois-ci, c’est le “non” qui l’a emporté à 55%.
Ce qui est surprenant dans ces réponses. C’est que la majorité dit pouvoir se mettre en couple avec une personne d’un milieu social très différent mais la majorité dit aussi ne pas pouvoir se mettre en couple avec une personne au capital culturel inférieur. Pourtant, on sait à quel point le capital culturel est corrélé au milieu social. Serait-on hypocrites en n’avouant pas que la classe sociale peut poser problème ou est-ce qu’on ignore simplement cette corrélation ?
Je penche pour la deuxième option. Je pense aussi qu’il est plus difficile d’admettre qu’on choisit les gens en fonction de la classe sociale en raison de la valeur négative que cela comporte. Je pense aussi que, si on choisit des gens selon leur classe sociale, on le fait souvent inconsciemment, tout simplement parce qu’on fréquente les mêmes milieux et qu’on partage des intérêts communs, notamment tout ce qui a trait à la culture.
J’ai posé au Perplexity du journal le Monde la question suivante : Se met-on en couple en fonction de sa classe sociale ?
Celui-ci m’a répondu avec des articles que j’ai consultés la chose suivante : oui, la classe sociale joue un rôle déterminant dans la formation des couples. Le niveau de diplôme et le métier exercé sont les facteurs qui déterminent le plus la formation d’un couple.
Par exemple, 78 % des ouvriers vivent avec une ouvrière ou une employée, contre seulement 3 % avec une femme cadre supérieure.
Ce phénomène s’appelle l’homogamie sociale : on recrute le plus souvent son conjoint dans son milieu social d’origine, notamment aux deux extrémités du spectre social, dans les classes populaires et surtout chez les très riches, où l’endogamie est fortement travaillée.
Cela s’explique par le fait que « le plus souvent, on pense politiquement comme on est socialement » et que les gens rencontrent généralement leur conjoint dans des groupes d’appartenance sociaux et idéels proches — leurs compagnons d’études, leurs amis ou leurs collègues de travail.
Cette homogamie n’est pas uniforme : elle est plus prononcée dans les classes supérieures (88 %) que dans les classes moyennes (85,4 %) et dans les classes populaires (76,4 %).
Elle croît avec l’augmentation du capital culturel et l’intérêt pour la politique. De plus, elle est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a trente ans.
Ce processus n’est pas un « pur déterminisme », mais plutôt le fruit d’un long et complexe processus de socialisation politique entamé dans l’enfance.
Les préférences culturelles, politiques et sociales partagées dès le début de la relation se renforcent au cours de l’union, le couple devenant « peu à peu le mur porteur de la socialisation politique ».
En réalité, cela me paraît assez logique et c’est un peu ce que j’évoquais au début. Ce n’est pas lié uniquement à l’aspect pécuniaire. Il y a la question du capital culturel. Il me semble assez compliqué pour quelqu’un doté d’un capital culturel élevé de développer des discussions profondes au quotidien avec quelqu’un qui en est dépourvu.
Il y a la question des valeurs idéologiques également. De mon point de vue, posséder des valeurs idéologiques trop éloignées est un des pires obstacles qu’un couple puisse rencontrer. Je crois peu en la pérennité d’un tel couple, surtout si ces idées sont très ancrées et fortement revendiquées par l’un ou l’autre : qu’il s’agisse de valeurs religieuses ou idéologiques. J’imagine mal un salsafiste convaincu en couple avec une évangéliste rigoriste. En revanche, moins les idéologies sont fortement ancrées et revendiquées, plus l’union semble envisageable.
Maintenant la question est : est-ce possible pour un couple de ce type de perdurer dans le temps. Mon avis c’est que la plupart du temps, cela finira par échouer. Aujourd’hui la plupart des couples échouent. Mais je suis persuadée que ce type de couple avec une grande différence soit culturelle soit sociale, soit politique soit religieuse a encore plus de chances d’échouer que des couples plus homogènes, malgré l’amour qui peut exister entre les 2 membres.
Car même si on nous a vendu l’amour comme la source principale voire le seul aspect qu’il faut considérer avant de se mettre en couple, je pense que tout cela est faux et qu’il s’agit même d’un critère secondaire. Ce qui ne signifie pas pour autant que des cas particuliers ne peuvent pas exister et contredire la majorité.
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