Si je donne mon avis spontané sur le sujet, j’ai plutôt tendance à trouver cela injuste pour les femmes dans la majorité des cas, surtout si celle-ci est subie et surtout quand ce droit n’est accordé qu’aux hommes.
Je n’ai pas forcément de jugement moral à effectuer concernant les unions polygames dans lesquelles tous les membres de la famille l’ont choisi et s’y épanouissent. Et cela est une possibilité qu’on ne peut exclure.
En revanche, j’ai tout de même le sentiment que, dans la majorité des cas, et d’après les témoignages des personnes à qui j’ai pu en parler, ce type de situation est plus fréquemment subi par l’un des membres de la famille. Même parfois par l’homme qui a reçu une pression familiale (comme on peut le découvrir dans le livre Reste avec moi de Ayobami Adebayo). Je tire cette conclusion des discussions que j’ai pu avoir mais aussi de mes lectures autour de ce thème.
J’ai lu notamment à ce sujet les livres : Les impatientes et le harem du roi de Djaïli Amadou Amal, et comme je l’ai évoqué Une si longue lettre et Reste avec moi. Ces livres adoptent tous un angle de vue différent sur le sujet, mais dans tous ces livres, les femmes souffrent de la situation.
Si l’on se réfère au livre Une si longue lettre, j’y vois une incapacité pour les hommes de se mettre à la place de leur femme, de ressentir leurs émotions, il y a une froideur face à ce qu’elles peuvent vivre et des justifications lunaires pour expliquer la raison de leur pratique.
Il y a l’argument de la physiologie de l’homme qu’on entend souvent dans les discussions de comptoir et qui sont illustrées par les propos de Mawdo, le mari polygame de l’amie à qui le personnage principal écrit une lettre. Celui-ci dit : ““On ne résiste pas aux lois impérieuses qui exigent de l’homme nourriture et vêtements. Ces mêmes lois poussent le “mâle” ailleurs. Je dis bien “mâle” pour marquer la bestialité des instincts… Tu comprends”. Je trouve que cet argument n’est pas viable car rien ne prouve qu’une loi scientifique pousse le mâle ailleurs et encore moins que cela concernerait exclusivement les hommes.
J’ai entendu également dans ces mêmes discussions de la vie courante certaines personnes affirmer que la polygamie masculine permettrait une plus forte reproduction, argument que je trouve illégitime également. En effet, sachant qu’il y a autant d’hommes que de femmes sur terre. Un homme qui aurait plusieurs femmes aurait certes plus d’enfants que s’il n’avait qu’une seule femme mais cela ne concerne que lui, de façon totalement individuelle. De façon sociétale, ces mêmes femmes qui portent l’enfant d’un seul homme auraient pu porter l’enfant d’autres hommes vu que le nombre d’hommes et de femmes est équilibré. En réalité, ces hommes polygames prennent la place d’autres hommes qui auraient pu former un couple monogame avec une de leurs femmes. On entend souvent des gens affirmer qu’il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes sur Terre, ce qui justifierait l’argument de la croissance démographique mais le fait est que c’est l’inverse qui est vrai. En 2020, selon l’Ined, il y avait 102 hommes pour 100 femmes sur Terre.
Qu’en dire en se basant sur le livre ?
Dans le livre, la polygamie est pratiquée de façon très malsaine à plusieurs égards. Mais ce sont des pratiques qui se produisent fréquemment même si beaucoup affirment vouloir la pratiquer par pure bienveillance et par pur altruisme. En essayant de ne pas spoiler, les enseignements que j’en tire sont les suivants :
- Tout d’abord, le mari de Ramatoulaye pratique la polygamie d’une façon assez atroce. Cela ne correspond pas toujours à la réalité, il existe des foyers dans lesquels la polygamie est pratiquée de façon plus saine et il ne faudrait pas considérer que tous les hommes polygames agissent comme Modou, cependant, cela peut refléter une réalité qui existe et qui me semble déplorable.
- Ensuite, l’intention de Modou en épousant une autre femme est purement égoïste.
- Troisièmement, ce que je constate dans le livre c’est la grande tristesse dans laquelle est plongée le personnage principal, même si elle tente de rester forte et de supporter sa douleur dignement. On voit bien qu’elle en souffre énormément. Et je me demande comment son mari peut la voir souffrir sans en éprouver la moindre empathie. Il est surprenant de constater qu’une personne qui partage sa vie pendant des années n’éprouve pas le moindre remords à l’idée de lui faire subir toute cette souffrance, et j’ai du mal à m’expliquer et à comprendre comment on en arrive là en tant qu’humain. Comment on peut en arriver à ne pas considérer la souffrance de l’autre et surtout d’un autre qu’on aime ? Dans un passage du livre, elle dit : “Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d’héroïsme, un héroïsme obscur fait d’abdications, de renoncements, d’acquiessements, sous le fouet impitoyable de la fatalité.” Puis, plus loin : “Je pense… Mais mon découragement persiste, mais ma rancoeur demeure, mais déferlent en moi les vagues d’une immense tristesse !”
- Je constate également que Ramatoulaye, le personnage principal, se retrouve très seule après des années où elle a consacré sa vie à son époux, peut-être même un peu trop. Je me suis demandé jusqu’où on pouvait se dévouer pour un autre et si ce n’était pas un acte vain, étant donné l’ingratitude et l’égoïsme qui transcendent l’être humain. En tout cas, j’en ai tiré comme enseignement pour moi-même de ne jamais me dévouer au point de m’oublier moi-même.
- Un point important à noter aussi c’est la question des finances dans un foyer polygamique. Le livre montre à quel point ce choix de vie a engendré une perte financière énorme pour Ramatoulaye. C’est une question qui est peu abordée quand on parle de polygamie et qui est pourtant cruciale car la perte financière pour la femme et même pour l’homme qui fait le choix de la polygamie est importante. Il faut diviser la part des revenus qu’on consacrait à un seul foyer en 2, et encore, ça c’est dans la situation la plus équitable. Je vous laisse le soin de découvrir dans le livre, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, comment agit Modou…
- Dans le livre, on voit aussi que les hommes polygames se dirigent vers des femmes très jeunes, ce qui m’inspire le dégoût au premier abord. Je me suis demandé pourquoi ils se dirigeaient vers des femmes si jeunes et me suis forgé ma propre réponse. A mon avis, les hommes se dirigent vers des femmes plus jeunes parce qu’ils les pensent plus dociles, plus malléables. Le cerveau ne parvenant à maturité qu’à l’âge de 25 ans, prendre une femme dont l’âge est inférieur revient à prendre une femme avec une maturité moindre, une femme qui aura plus de mal à s’affirmer et à se défendre. De plus, il y a peut-être un attrait purement physique totalement horizontal qui n’est certainement pas réciproque vu l’âge de ces hommes. C’est une pratique que je trouve assez immorale pour ma part.
- Le livre m’a aussi amenée à me questionner sur la raison qui pousse ces femmes à rester. Cela peut être par amour pour l’homme qu’elles ne souhaitent pas perdre malgré la souffrance qu’ils leur infligent. Cela peut être par habitude, pour rester dans une situation connue, par peur de l’inconnu. Cela peut s’expliquer également par la dépendance (financière, affective, morale…). Peut-être qu’elles sont sous emprise ou alors que la société les jugerait tant qu’elles préfèrent ne pas se confronter aux jugements moraux. Les réponses à cette question peuvent être diverses.
Apports théoriques
Que sait-on de la polygamie en France et dans le monde ?
Selon le dictionnaire le trésor de la langue française, la polygamie se définit comme la Forme de régime matrimonial qui permet à un époux d’avoir simultanément plusieurs femmes (polygynie) ou, plus rarement, à une épouse d’avoir simultanément plusieurs maris (polyandrie)
D’après le site du Sénat, une étude qui date de 2006 révèle que 20 000 foyers seraient concernés par la situation polygamique en France. Le fait de se marier civilement à deux personnes est interdit en France, il s’agit d’une infraction pénale répréhensible, mais cela ne concerne que la situation juridique. Dans les faits, le site explique qu’il est possible de vivre simultanément avec plusieurs femmes, et autant d’enfants, sans être marié avec elles : cela n’est ni juridiquement condamnable, ni pénalement répréhensible. On peut donc être polygame « de fait », sans être pour le moins du monde inquiété par les autorités françaises.
Au niveau mondial, les pays autorisant la polygamie se situent plutôt dans le monde arabe (Moyen Orient et Afrique du Nord, en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale).
D’un point de vue sociologique, j’ai trouvé quelques ressources sur le site Persée qui expliquent comment elle est viable malgré l’égalité numérique des hommes et des femmes. Cette étude montre que la polygamie ne fonctionne qu’en raison d’un écart d’âge au mariage entre hommes et femmes. En résulte un célibat temporaire des hommes par rapport aux femmes du même âge. Le remariage systématique des femmes après leur veuvage ou leur divorce favoriserait aussi largement la pratique polygamique. Dans les sociétés qui la pratiquent, la polygamie est également favorisée par le fait que les femmes deviennent plus nombreuses que les hommes avec l’âge en raison d’une plus forte mortalité des hommes et d’une plus forte émigration. S’il y a un peu plus d’hommes que de femmes à la naissance, il y en a moins à un âge avancé.
Selon les études également, la polygamie n’a pas d’effet important sur la fécondité d’une femme. La femme d’un polygame n’a donc pas plus d’enfants que la femme d’un monogame, elle en a même moins et cela s’explique par différents facteurs.
Les études montrent aussi que les unions polygames favorisent la fréquence des mariages entre individus apparentés, notamment entre cousins.
Laisser un commentaire