Dans le roman Le rêve du pêcheur de Hemley Boum, on découvre une situation dramatique qui s’est réellement produite : celle d’une société européenne qui débarque sur les côtes du Cameroun avec de gros chalutiers pour pratiquer une pêche intensive dans un lieu où de nombreux pêcheurs vivaient et gagnaient leur subsistance grâce à la pêche. Au départ, l’entreprise embauche les pêcheurs et leur fournit un confort matériel conséquent qu’ils pourront rembourser progressivement. L’endettement se crée et les pêcheurs se rendent progressivement compte que leur travail ne suffit plus et que les chalutiers leur ôtent leur travail.
J’ai trouvé cette façon d’agir de la part de l’entreprise européenne immorale, déloyale et injuste. Et en même temps, étant moi-même ancrée dans une société capitaliste qui place le profit en haut de toutes les priorités, la pratique de cette société ne m’a pas surprise.
A travers cette fiction, on découvre bien à quel point le capitalisme libéral peut être néfaste pour ceux qui sont en bas de la chaîne, ceux qui travaillent. J’y vois aussi une forme de néocolonialisme vu que le profit revient avant tout à une entreprise européenne. On vient encore piller l’Afrique pour enrichir l’Europe tout en se cachant derrière des voies légales. Si on résume, cette pêche intensive pratiquée par de grandes sociétés européennes vole le travail des pêcheurs et les appauvrit, retire à ces pays du continent africain une ressource naturelle qui permettrait aux nations de développer leur richesse, et est un carnage écologique qui vide les océans de ses poissons.
J’ai cherché quelques articles à ce sujet et j’ai découvert qu’aujourd’hui, des pays comme le Sénégal et le Gabon ont refusé de signer des accords avec l’Union européenne sur la pêche intensive. Selon le Monde, Le Gabon a ainsi annoncé, le 4 juin, la fin de sa collaboration avec Bruxelles, dénonçant « un partenariat déséquilibré dont les retombées économiques restent largement insuffisantes au regard des richesses extraites par les flottes européennes ».
En novembre 2024, le Sénégal avait déjà pris ses distances, revendiquant un choix souverain au nom de la défense de la pêche locale.
Rien d’étonnant ! En lisant le roman, on comprend bien le choix de ces états et à quel point les accords demandés par l’Europe sont déséquilibrés.
Aujourd’hui, au vu de l’actualité, je pense qu’on peut clairement parler d’un colonialisme capitaliste et transactionnel. Cette forme de colonialisme est tout à fait assumée et exprimée explicitement par Trump, par exemple, qui dit vouloir acheter le Groenland, comme si tout pouvait s’acheter, même les états. La conception libéraliste du monde est telle que des magnats vont jusqu’à concevoir l’achat de pays. Et on en voit les conséquences sur les populations. Le colonialisme a changé, il a pris une autre forme qui tourne autour de la transaction et de l’argent. Plutôt que de prendre possession d’un pays par les armes, on l’accapare en l’achetant.
Et on voit bien dans le roman comment il a été facile pour l’entreprise de pêche intensive de s’implanter durablement dans le pays.
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